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Navale 62-64 Jeanne 64-65

PROMO 62

Livre d'or

1962-2012

La promo traverse un demi-siècle

(Rédigée par Yves Naquet-Radiguet avec la contribution d'Alain Béreau)

Lorsque nous rallions l'Ecole Navale le lundi 3 septembre 1962, la promotion compte 73 officiers de Marine (un reçu n'a pas rallié) et 18 ingénieurs de Marine auxquels s'ajoutent 10 élèves issus du CPOM (5 « pont » et 5 « machine ») ainsi que 9 camarades étrangers (4 Iraniens, 3 Belges, 1 Marocain et 1 Tunisien).

Lorsque nous embarquons deux ans plus tard sur la Jeanne, la promo a déjà perdu plusieurs de ses membres : Neuville avait été touché par une grave maladie et avait dû nous quitter prématurément au cours de la première année, Cassiède décédé subitement à la fin des permissions de l'été 1963 (Béreau épousera sa sœur en 1968) et Le Gall disparu dans un accident de Bénodet à la Baille en mars 1964. Curieusement, Bélliard, qui a reçu le prix de « note de gueule » (on peut penser que nos instructeurs, faisant preuve de clairvoyance, avaient vu en lui notre meilleur espoir pour une belle carrière dans la Marine !) choisit de ne pas embarquer sur la Jeanne et bifurque immédiatement vers une carrière civile. Nous rejoignent sur la Jeanne pour cette première campagne d'application du porte-hélicoptères 2 officiers de réserve activés, 16 ingénieurs du Génie maritime, 8 commissaires et 4 administrateurs des affaires maritimes ainsi que 5 étrangers (1 Allemand et 1 Chilien officiers de marine, 2 Iraniens et 1 Cambodgien commissaires).

A la fin de 1965, après un tour du monde et demi, la promotion qui comprend alors 77 « officiers de Marine » (toutes origines confondues) et 22 « ingénieurs de Marine» quitte la Jeanne et ses derniers stages « en escadre », et rejoint la Marine opérationnelle (sans Langsdorff qui décide aussi de ne pas poursuivre sa carrière et se dirige vers une école américaine). Les deux corps « officiers de Marine » et « ingénieurs de Marine » seront fusionnés quelques années plus tard.

C'est une vraie et belle Marine, qui, tout en finissant d'exploiter ses vieux porte-avions, l'Arromanches et le Lafayette, est en train de terminer les essais du Foch, après avoir admis au service actif le Clémenceau en 1962, ce qui nous permet d'afficher 4 porte-avions !

La flotte de haute mer est performante et moderne, grâce au plan Marshall, qui a permis de réaliser deux séries de 18 escorteurs rapides et de 18 escorteurs d'escadre et la série des 9 avisos escorteurs s'achève. De la même façon, s'il reste encore quelques « vieux sous-marins » de type Aurore, les Aréthuse, les Daphné et les Narval sont en train de devenir pleinement opérationnels.

La flotte amphibie n'est pas en reste, l'Ouragan est mis à l'eau devant une délégation de la promotion, l'Orage suivra quelques années plus tard, tandis que la Foudre (un LSD ex-américain) va terminer sa carrière. 5 Bâtiments de Débarquement de Chars complètent cette force amphibie (sans compter de nombreux LST et autres engins plus petits).

L'aviation de patrouille maritime fait encore la part belle aux Neptune P2V6 et P2V7, tandis que les Etendard IV et les Crusader forment la chasse embarquée. Les Sikorsky et les Alouette équipent les flottilles d'hélicoptères tandis que les Alizé font merveille dans la lutte ASM notamment à partir des porte-avions.

Et n'oublions pas les quelques 80 dragueurs (mais dont un grand nombre sont déjà sous cocon) : dragueurs côtiers de type Sirius, dragueurs océaniques de type Narvik, ou patrouilleurs outre-mer sur lesquels un bon nombre d'entre nous vont effectuer leurs premiers quarts. La Marine, en 1964, affiche officiellement quelques 205 bâtiments de combat dont 27 sous-marins.

Dans les années 65, la France conforte sa position de puissance nucléaire. « Gerboise bleue », le premier essai a été réalisé avec succès dans le Sahara en 1960 et la décision vient d'être prise de créer le Centre d'Essai du Pacifique (CEP), alors que l'armée de l'Air est en train d'assurer ses premières permanences d'alerte dissuasion, à partir du tandem Mirage IV - KC 135. On achève la mise en place des missiles au plateau d'Albion et la construction du SNLE le Redoutable est déjà entamée. La promotion sera donc largement « nucléarisée » : les premiers sous-mariniers, après deux années d'affectation à la surface partent en formation à l'Ecole de Navigation Sous-Marine, d'autres, parmi les majors, commencent par un premier embarquement en campagne avant de rejoindre le « tunnel » (comme ils disent avec une légère pointe de regrets pour leurs futures escales qui seront rares !).

L'Etat-major du Centre d'Expérimentations du Pacifique est installé à Tahiti, (Condroyer), une base arrière à Hao pour accueillir notamment les Neptune qui surveilleront le champ de tir pendant les essais (Fichant, Naquet-Radiguet). Des bâtiments civils sont transformés en bâtiments-bases à Mururoa (Angebault, Péricaud). Les quatre avisos-escorteurs basés dans le Pacifique (Labouret, Pinon, Béreau, Buzenet et Fery) participent à la préparation (piquets météo) et à l'observation des essais nucléaires. Des bâtiments vont également assurer la desserte des différents atolls. Ils offrent à certains des postes de second (Condroyer, Delahaye), voire leur premier commandement (Combarieu, Steiner). La logistique est intense, les transports entre la Polynésie et la Métropole fréquents (D'Escrivan).

Entre 1964 et 1967, les Narval vont opérer sous la banquise pour explorer les théâtres d'opérations des futurs SNLE (Coradin).

Plusieurs années de suite, entre 1966 et 1970, la France envoie dans le Pacifique une force de présence et de protection centrée sur un porte-avions (la force Alfa) Un bon nombre d'entre nous (Halleman, Gevrey, Leduc, Arino…) seront présents lors du premier et unique largage réel d'une bombe par un Mirage IV en juillet 1967 puis lors du premier tir thermo nucléaire sur l'atoll de Fangataufa en août 68, dirigé par la DIRCEN (de Crémiers). En 1970, Héger, à bord de son Alouette de l'Ouragan est contaminé, tandis qu'Arino est chef de l'Orage.

La Marine n'a pas à intervenir lorsque, en 1967, le problème israélo-palestinien prend toute son acuité lors de la guerre des six jours.

Nos « GEMEUX » ne nous ont pas quittés : Duval est affecté à DCN Cherbourg, Broussaud à DCN Brest, Estrade à DCN Toulon, Rouault au Centre d'Achèvement et d'Essais des Propulseurs et Engins où il va s'intéresser à la mise au point du missile M2, et Adam au laboratoire du Brusc.

Pendant ce temps, en métropole, les premières affectations se suivent, sur tous les dragueurs (Allard, Coloby, Delforge, et même Djavady en Iran), sur les escorteurs rapides (d'Hauthuille, Condroyer, Bennet, Trastour, Delahaye), sur les escorteurs d'escadre (Arino, Catta, Beauvillain..), voire sur le Colbert qui transporte le Général de Gaulle (avec Bruel et Vollmer !) vers le Québec « libre », ou encore sur les porte-avions (Caire, Trastour). Les futurs pilotes ont tous rejoint l'Ecole de l'Air à Salon en février 1966, Catta, Daumarie, Héger, Rouvillois, Belon, d'Escayrac, Renaud, Jamin, Thomine-Desmazures et Béreau en 1968. Signalons que Pierre, déjà pilote de chasse chevronné part comme moniteur sur Fouga Magister, puis passe directement en flottille opérationnelle sur Etendard IV. Les sous-mariniers ont plongé (Caron, Romieu, Rivron, Coloby, d'Escrivan , Marion, Kerangal, Gevrey, Harismendy, Muller, Vaillant, Pageaud, Coradin, Jean dit Prugneau, Renard, Hourcade, Chandelier, Péricaud)

Et les plus « fana sacco » partent à l'école des fusiliers marins pour intégrer un peu plus tard les commandos (Revest, Lecorre)

Malheureusement, les nouvelles ne sont pas toutes bonnes : dans l'année 66, Lanta, puis Catta sont victimes d'accidents de voiture. En 1967, Corbières succombe à la maladie et Jacob est victime d'un accident de plongée à Djibouti.

A la fin de 1967, la France découvre, avec effroi, les effets de la marée noire du Torrey Canyon. Le rôle du préfet maritime comme préfet de la mer tend alors à prendre de l'importance.

L'année 68 est cruellement marquée par la disparition de la Minerve. Jean dit Prugnaud et Renard étaient à bord et disparaissent en service commandé. Le général de Gaulle tient à honorer le souvenir de l'équipage et embarque sur l'Eurydice (avec Muller) pour jeter une gerbe à la mer.

La France, suite aux accords d'Evian, quitte définitivement l'Algérie. La base de Mers el Kébir est évacuée en dernier. Le Fringant (Trastour) participe à l'évacuation.

L'année 69 nos majors (du moins, ceux qui ne sont pas partis aux sous-marins !) vont recevoir leur premier « petit commandement » (Combarieu, Fery, Péricaud, d'Hauthuille à Abidjan…) et la promotion voit promus ses premiers lieutenants de Vaisseau Pierre, Caron, Combarieu, Béreau, Bizard, Fery, d'Hauthuille… En Belgique, Van Aelst commande un groupe de plongeurs démineurs qui connaîtra un dramatique accident de déminage dont seront victimes 7 de ses plongeurs, dont son second. Cependant que le gros de la promotion va entrer dans les écoles de spécialité d'où nous sortirons brevetés canonniers, transmetteurs, détecteurs… ; les ingénieurs de Marine ont suivi la leur à Toulon en sortant de la Jeanne.

Le premier avril 1970, comme s'il s'agissait d'un très mauvais canular, Belon est éjecté lors du catapultage de son Etendard. Il s'en tire avec des blessures graves qui mettent fin à sa carrière de pilote de chasse. L'enquête établira un mauvais fonctionnement du siège éjectable (qui s'est déclenché tout seul !), auquel le pilote ne pouvait en rien remédier.

De son côté, Bélliard navigue en Antarctique pour le compte des Etats-Unis, puis de l'Argentine où il va fonder, à Bahia Blanca, l'institut océanographique argentin et être brillamment décoré en 1971.

La Marine vient de s'enrichir de ses deux nouvelles frégates anti aériennes le Suffren et le Duquesne (Delahaye) et la France intervient, au nom de ses accords de défense au Tchad. La 33F (Heger) passera, en 1970 trois mois au Tibesti

En 1971, c'est malheureusement au tour de l'Eurydice, de disparaître corps et biens, et pour expliquer à tout prix ces deux accidents tragiques, la Marine fait appel à un navire de recherche américain qui localise l'épave avec précision. Un troisième incident qui aurait pu se terminer de façon aussi dramatique se produit quelques années plus tard sur la Flore (Muller). L'analyse de cet incident ainsi que le « poser sur le fond » de la Sirène (d'Escrivan) permettent de préciser, avec une bonne vraisemblance, les causes des accidents précédents.

Dès 1971, certains d'entre nous quittent la Marine. Caire qui n'aura jamais pu dominer un mal de mer chronique et ravageur (inimaginable dans cette carcasse qui semblait indestructible !) rejoint la RATP où il va accomplir une carrière très brillante. Pierre (dont l'ancienneté dans la Marine est déjà redoutable !), après avoir présidé pendant trois ans aux essais du Jaguar Marine, s'engage comme pilote de ligne à Air Inter. Il retrouvera plus tard ses activités de pilote d'essais pour Airbus. Laffont (lui aussi un ancien !) rejoint un atelier de mécanique à Saint-Denis.

A partir de 1971-1972, la Marine diminue son taux de présence dans le Pacifique car on se dirige vers des essais souterrains et l'activité va devenir plus intense dans l'Océan Indien. Une mission Mascareignes, avec trois ou quatre escorteurs d'escadre (Stéphan) et un pétrolier ravitailleur, franchit le Canal de Suez, essuie des tirs yéménites dans le détroit de Bab El-Mandeb puis va patrouiller en zone sud de l'océan Indien. La situation politique s'aggrave à Madagascar, notre présence à Diego Suarez est contestée. D'où la mise en place d'une permanence en ZMOI (Zone Maritime de l'océan Indien) d'avisos escorteurs (Prévôt, Thomarat, Steiner…) renforcée par des escorteurs rapides (Arino, Vincent…) qui rallient par le Cap de Bonne Espérance.

En 1972 Lorain rejoint Saint-Tropez pour la mise au point de la torpille Murène.

La Marine prend en charge sa part de la dissuasion, le Redoutable effectue sa première patrouille opérationnelle. Delforge est à bord comme officier calcul, d'Escrivan comme ASM2. Vollmer participera aux patrouilles suivantes. Le Terrible suivra deux ans plus tard avec Delahaye comme officier calcul.

Certains d'entre nous sont envoyés en école d'ingénieurs : SUPAERO (Renaud), TELECOM (de Crémiers) l'ENSTA (Naquet-Radiguet, Dannhauer) cependant que la majorité des sous-mariniers passent des diplômes d'atomiciens à l'Ecole Atomique de Cherbourg. D'autres sont instructeurs (Péricaud sur la Jeanne, Béreau à l'Ecole Navale).

Dès 1973, la situation se tend dans le canal de Mozambique, le nouveau président malgache (Ratsiraka, Ecole Navale 1960 !) décide de fermer la base de Diégo Suarez aux Français qui l'évacuent (Buzenet, Trastour).

Deux petits pétroliers assurent maintenant la desserte des différents postes en Polynésie (Arino commande la Punaruu) et remplacent La Charente pour les ravitaillements à la mer, le Lac Tchad et le Lac Chambon pour les combustibles, le Verdon pour les carburants, le Hanap et la Liamone pour l'eau.

Revest commande le commando de Penfentenyo

En 1973, la guerre du Kippour est déclenchée contre Israël. La Marine lance, avec La Galissonnière une opération d'évacuation de ressortissants à Alexandrie. Le canal de Suez est miné, à partir de 74, les dragueurs et chasseurs de mines rentrent en action, cependant que la situation à Djibouti se dégrade à la suite du renversement du Négus d'Ethiopie. Les premiers Atlantic sont déployés en permanence à Djibouti (Béreau, Belon) et depuis cette présence n'a jamais cessé. Un groupe aéronaval, qui a transité par le Cap, participe à la protection du territoire (Héger). En métropole, le Foudroyant rentre en service (Marion, Pageaud), en même temps que le Tourville et deux BATRAL.

Les opérations de déminage se poursuivent dans le canal de Suez. L'année suivante, c'est un groupe d'escorteurs d'escadre qui avec le Suffren (Bruel) assure la présence français en ZMOI.

Nous apprenons le décès de Lucas en 1975.

En 1976, l'escadre de la Méditerranée appareille pour manifester sa solidarité avec la Tunisie, menacée une nouvelle fois par la Lybie. Pour la première fois une présence de sous-marins est décidée en Océan Indien avant de devenir régulière sur les côtes ouest d'Afrique et aux Antilles.

La Marine reçoit le Jules Verne et la Durance ainsi que les premiers d'une série de 17 avisos baptisés A69 (Bennet participe à l'armement du d'Estienne d'Orves)

C'est aussi la poursuite de la montée en puissance de la FOST que bon nombre de surfaciers rallieront pour des durées variables (Couailhac, Bruel, Arino…) après passage à l'EAMEA et l'INSTN.

L'indépendance de Djibouti est proclamée, en présence de l'opération Saphir 2 à laquelle le Foch puis le Clémenceau (exceptionnellement réunis le jour de l'indépendance !) participeront accompagnés de leur escorte et de l'Ouragan.

A partir de 1976, nous préparons avec une obstination et des succès inégaux le concours de l'ESGN qui verra défiler de 1977 à 1980, quelques 25 officiers de la promo (de Billy, Hué et Béreau étant les premiers chanceux !).

Les côtes de Bretagne reçoivent en 1978 une nouvelle livraison gratuite autant que massive de fuel, mazout et autres cochonneries, aimablement apportée par l'Amoco Cadiz devenu aujourd'hui l'un des principaux monuments de Portsall.

C'est la grande époque des « petits commandements » pour l'ensemble de la promo. Un grand nombre d'entre nous va commander dans tous les domaines, aéro (Rouvillois, Thomine-Desmazures, Héger, Jamin, Béreau, Belon, Daumarie, d'Escayrac, Renaud…), sous-marins (Gevrey, d'Escrivan, Marion, Coradin, Vaillant, Caron, Rivron, Harismendy, Hourcade……) ou à la surface, en métropole (Péricaud, Bennet, Stéphan, Condroyer, Fery, Revest,) ou en campagne (Delforge, Allard, d'Hauthuille, Naquet-Radiguet, Delahaye, de Crémiers …).

Pour sa part, Pierre prend le commandement de son propre voilier, avec lequel il entreprend (et gagne, sur un plan personnel !) la course transatlantique

A partir de 1977, la Marine va pérenniser sa présence en océan Indien pour contrer la présence croissante soviétique, pallier la diminution de la présence britannique et assurer la protection de notre trafic énergétique.

En Atlantique, une première mission Sargasses se déploie aux Antilles.

Pour la première fois début 1977 les Atlantic (Belon) sont engagés dans les opérations interarmées en Afrique en participant à la surveillance du Front Polisario au Sahara occidental. Depuis ils sont engagés sans discontinuer dans ce type d'opérations : Mauritanie, Tchad, République Centrafricaine, Côte d'Ivoire, Lybie... D'ailleurs en 1978-1979, il y a un adjoint « mer » au général pour les Atlantic, les commandos et les hélicoptères de la Marine à N'Djamena (Héger, Béreau) !

A partir de la fin 78, nous sommes dans la marine depuis plus de 15 ans (nos premiers capitaines de corvette ont été promus en 1976 : Caron, Combarieu, Dannhauer, Béreau…), nous sommes 49 capitaines de corvette et 35 lieutenants de vaisseau, mais un certain mouvement « naturel » vers le civil s'amorce : Vollmer part en détachement vers le ministère de la Recherche, de Crémiers est appelé par Alcatel, Buzenet par l'Afrique de l'Est, Coloby prend ses quartiers au port du Havre, Condroyer vers l'Aerospatiale…

Le problème Israélo-palestinien s'aggrave et risque de déstabiliser le Liban. Dans un cadre national ou dans celui de l'ONU et de la FINUL, la Marine va alors maintenir, jusqu'en 1986 presqu'en permanence des missions Olifant avec ou sans porte-avions, mais toujours des porte-aéronefs, capables d'intervenir très vite pour déposer des forces, soutenir des interventions. Les TCD se révèlent très utiles ainsi que les BDC qui, infatigablement, transportent des matériels, des soutiens médicaux, des troupes.

En 1979, après la révolution islamiste en Iran et le retour de Khomeiny (qui signe la disgrâce et l'exil de Djavady qui avait commandé le bâtiment personnel du Shah !), la guerre entre l'Iran et l'Irak éclate et l'on craint le minage du détroit d'Ormuz. Les forces de dragage (Stéphan) sont encore une fois appelées à la rescousse, mais il faut assurer leur protection par des frégates antiaériennes.

Il n'y a pas que l'Océan Indien, il faut aussi assurer une quasi permanence dans le golfe de Guinée : c'est le début des missions Corymbe qui verront, presque chaque année, se succéder un ou deux bâtiments de Brest, dont le plus souvent possible un porte-hélicoptères, et qui sont fréquemment sollicités en Guinée, Guinée Bissau, Côte d'Ivoire, Cameroun, voire plus au sud, dans le golfe de Guinée : Gabon, Congo et plateformes pétrolières au large de Pointe Noire.

Duval préside aux destinées de la DCN Papeete, le malheureux !

En 1981 Vercelonne nous quitte après une longue maladie.

Condroyer passe chez Airbus.

1982 verra une intense activité sur le front israélo-palestinien car Israël envahit le Liban et il faudra évacuer les forces palestiniennes et Yasser Arafat ; le Montcalm, le d'Estrées, le Dupleix (Héger, d'Hauthuille, …) se relaient autour du porte-avions (Rouvillois). Plus tard, le Georges Leygues (Héger) participe à une tentative avortée d'exfiltration de nos otages.

C'est aussi en 1982 que le dernier des 18 escorteurs rapides (le Vendéen) est retiré du service ; une page se tourne ; nous avions fait nos premières armes sur ces bateaux un peu mythiques : Corvette d'été à l'Ecole navale (Bordelais et Corse), stages embarqués lors du séjour de la Jeanne à Toulon en mai juin 1965 après la campagne, premières affectations en sortie d'Ecole d'application (12 d'entre nous ont été affectés sur un « Rapide » en sortie de Jeanne : Boulanger, Breuillot, Coadou, Condroyer, Cros, d'Hauthuille, Lanta, Marion, Mayer, Romieu, Vaillant et Vercellone). Par la suite, beaucoup ont servi sur ces escorteurs rapides, en particulier après l'Ecole de spécialité, comme adjoint ou chef de service. Le dernier escorteur d'escadre (le Duperré) sera retiré du service en 1991. A la sortie de la Jeanne, plus de la moitié de notre promo d'ingénieurs avait été affectée sur escorteurs d'escadre : Abadie, Arino, Beauvillain, Couailhac, Dannhauer, Delahaye, Harismendy, Leduc, Prévost, Robart, Rivoal, Rochet et Vincent).

Le Balny récupère 250 boat people en mer de Chine.

En 1983, la France décide de prendre parti dans la guerre Iran-Irak et prête à ce dernier 5 Super Etendard qui vont effectuer le transit métropole-Mossoul après un premier posé sur le Clémenceau et un second sur le Foch, au sud de la Crête.

Après l'attentat du Drakkar, l'activité est intense, les avions du Clemenceau bombardent Baalbek, l'Orage (d'Hauthuille) et l'Ouragan multiplient les allers et retours entre Toulon et la Méditerrannée orientale.

Quand ils ne sont pas embarqués (à des postes importants) ou commandants (Combarieu sur le Schoelcher, Bennet sur le le Bihan) nos camarades sont maintenant présents en état-major central (Allard, Héger, Naquet-Radiguet…), à la DPMM (Béreau), ou à l'étranger (Rivron à Naples).

En France, le Rubis notre premier sous-marin nucléaire d'attaque, est admis au service actif en 1983 (Harismendy). Caron en commande le second équipage.

En 1984, c'est encore la Lybie qui va nous amener à déclencher l'opération Mirmillon qui va occuper un porte-avions, plusieurs frégates et sous-marins; mais nous avons la satisfaction de voir Yves Djavady naturalisé français. Il s'installe à Marseille.

Prévost part diriger un hôtel en Sierra Leone

Entre 1982 et 1986, certains d'entre nous accèdent à un commandement plus important : Allard le Balny, Béreau le Du Chayla, Bruel le Dumont d'Urville, Héger le Henry, Péricaud le Champlain, Fery le L'herminier, Naquet-Radiguet le Maillé Brézé, Revest la Bidassoa, d'Hauthuille l'Orage, Arino le Rhône, SNLE pour 3 sous-mariniers : Caron, Marion et Coradin.

A partir de 1985, la Marine continue à être sollicitée dans le Pacifique ; il faut effectuer, avec deux avisos escorteurs, une mission pour réaffirmer la souveraineté de la France sur les îlots de Hunter et Matthew.

Damoy nous quitte victime d'une longue maladie en 1986.

Une vaste opération, menée autour du De Grasse et du Jules Verne, est montée pour évacuer nos ressortissants à la suite de troubles au Yémen du sud.

La Guerre Iran-Irak s'enlise et les Pasdaran iraniens commencent à attaquer les pétroliers sous pavillon français dans le détroit d'Ormuz. L'opération Prométhée est décidée ; la présence, pendant 414 jours du Groupe aéronaval autour du Clémenceau va garantir la sécurité du trafic dans le détroit d'Ormuz : la menace d'importantes opérations de représailles en cas d'attaque sur nos bâtiments a été efficace (Bennet est commandant en second du Suffren).

Nous arrivons aux trop fameux 25 ans de service et il ne reste, en 1988, que 13 capitaines de vaisseau et 28 frégatons en service, dont un bon nombre à Paris : à l'EMA (Naquet-Radiguet, Combarieu…), à l'EMM (Abadie, Dannhauer, Arino…) ou encore à la DPMM (Béreau, Hourcade...). Péricaud se dirige vers Kodak, Belon entre chez Dassault, Renaud chez Thomson, Bélliard, qui achève une carrière d'océanographe, se lance dans la finance au Crédit Lyonnais qui l'enverra successivement à Panama, à Miami, puis, pour finir à Téhéran. Stéphan part pour les Philippines où il va diriger pendant cinq ans une ferme aquacole. Caire est délégué syndical toujours à la RATP et il retrouve en 1986 avec la 40ème promotion de l'Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale (IHEDN) Combarieu et Béreau.

A la fin de 1988, la Marine ne compte plus que 105 bâtiments de combat et 148 avions. Même si elle n'est pas la seule, la promo n'a guère favorisé la conservation du patrimoine (avec, bien sûr, une contribution non négligeable de nos autorités politiques !)

La promo 62 s'exporte, soit dans des postes de coopération militaire, Delforge à Northwood, Rouvillois à Washington, Stéphan au Gabon, soit dans des postes civils, Bélliard à Miami, Buzenet à Nairobi, Condroyer à Madrid, Gevrey à Halifax…

Il est temps d'accéder aux « grands commandements » Béreau du Suffren, Héger du Georges Leygues, Arino puis Harismendy du Jules Vernes, Naquet-Radiguet du Latouche Tréville, Subra de Cuers-Pierrefeu, d'Hauthuille de la Foudre, Arino du Jules Vernes, Combarieu du Dupleix. Notons aussi le poste de second du Foch puis de commandant de la flottille du Nord (Cherbourg) pour Bizard. Caron prend le commandement de l'Escadrille des sous-marins de la Méditerranée et Marion de celle de l'Atlantique. Revest est à l'état-major du commandant de la Marine à Lorient.

En Méditerranée orientale, la situation au Liban ne s'améliore guère, le général Aoun lance une guerre de libération contre la Syrie qui va profiter de la situation pour essayer de se débarrasser de ses opposants (chrétiens notamment). En août 1989, une nouvelle opération (Capselle) est menée, autour du porte-avions et de l'Orage. Jusqu'en décembre, une partie de l'Escadre de la Méditerranée est concernée.

Le Mur de Berlin est abattu en 1989, l'Union Soviétique s'effondre. Pendant que Coloby, devenu l'un des responsables du port du Havre, voit passer l'Argonaute, dont il a été second, en route pour sa destination finale… le bassin de La Villette, aux portes de Paris !

Bennet quitte la Marine pour rejoindre Creusot-Loire, puis un peu plus tard le GIAT. Delforge entre à la société AERO. Caire devient à la RATP directeur du métro.

Nous apprenons le décès de Robart, victime avec son épouse et ses deux filles d'un accident de la route peu après son retour de Tahiti.

La quasi disparition de l'Union Soviétique de la scène internationale donne des idées aux perturbateurs régionaux délivrés de leurs « tuteurs ». En 1990, Saddam Hussein envahit le Koweit et la première guerre du Golfe commence. La Marine y jouera tout d'abord un rôle logistique avec le tristement célèbre pont du Clémenceau encombré de camions (les hélicoptères sont à l'abri, dans les hangars). Tous les TCD sont à la tâche (d'Hauthuille qui va découvrir, sur la Foudre, les joies des femmes à bord fussent-elles infirmières !) puis, progressivement les frégates ASM (Héger) pénètreront dans le Golfe. Des SNA seront positionnés au large de la Lybie pour assurer une éventuelle protection des convois américains qui transitent vers le Golfe.

Notre premier officier général (Duval) grand spécialiste du nucléaire devant l'éternel, continue brillamment sa carrière qui le conduira au sommet du corps des ingénieurs de l'armement.

Au cours des années 1990-1992, la Marine est particulièrement sollicitée : le désengagement de la guerre du Golfe, une opération au large de la Somalie avec évacuation de ressortissants, une opération au profit du général Aoun au Liban… Mais c'est surtout en Yougoslavie que la situation devient préoccupante (bombardement de Dubrovnik). La FORPRONU est mise en place, un embargo sur les armements est décidé par l'OTAN, tandis que, pour la première fois, l'UEO tente de monter une opération indépendante (Combarieu, à l'EMA, sera l'une des chevilles ouvrières de cette initiative). En Atlantique, Haïti est l'objet d'un coup d'état, une importante opération d'évacuation de ressortissants est préparée. La situation en Afrique est aussi inquiétante : la Casamance s'agite, la guerre civile fait rage au Libéria, il y a des émeutes en Angola et la période post-électorale au Togo et au Cameroun n'est pas des plus calmes !

La Marine se réorganise, la réforme OPTIMAR se met en place, l'EMM est lui aussi « mis à jour » par ADAPTEM, les premières femmes embarquent sur les bâtiments et accèdent à l'Ecole Navale, vastes études et réformes auxquelles participent dès 1992 Héger, Arino, Naquet-Radiguet et Béreau

En 1993, Le gouvernement décide de protéger son contingent membre de la Forpronu et met en place le Foch et son groupe en Adriatique. Cette présence des porte-avions sera permanente jusqu'à la fin de ce conflit.

En octobre 1993, Combarieu est notre premier amiral, en même temps que Subra, (dont l'ancienneté était devenue redoutable !) suivi de près par Béreau, Naquet-Radiguet et d'Hautuille.

La promotion (qui est encore dans la Marine !) est maintenant aux postes de responsabilités : Béreau adjoint-opérations de CECLANT, Héger représentant de l'UEO auprès de l'OTAN à Naples, Harismendy responsable logistique de la Force d'Action Navale (FAN) à Toulon, d'Hauthuille patron du SIRPA, Naquet-Radiguet sous-chef Plans à l'EMM, Rouvillois attaché de défense à la Haye, Arino major général de Cherbourg puis de Brest, Abadie major général de Toulon, Marion préfet maritime adjoint à Toulon, où il sera remplacé par d'Hauthuille.

En 1993-1994, la Marine commence les essais du Triomphant (Arino y contribue à Cherbourg) : une nouvelle génération de SNLE se prépare à entrer en service.

En 1994 Fichant succombe à une crise cardiaque aussi brutale qu'imprévisible.

Peu après l'élection du président Chirac en 1995, la situation en ex-Yougoslavie ne cesse de se dégrader, des Casques bleus sont pris en otage. L'opération Balbuzard noir est déclenchée : des renforts français sont mis à terre par les TCD et les avions du Clémenceau participent aux frappes contre la Serbie qui finit par céder. Le Clémenceau maintiendra sa présence sur zone et catapultera ses avions jusqu'à son désarmement (parfaitement opérationnel jusqu'au bout, ce qui témoigne assez du dévouement et du professionnalisme de nos équipages !).

La Marine voit arriver deux nouvelles séries de frégates : les Lafayette, frégates furtives, ainsi que les frégates dites « de surveillance », construites sur des normes civiles et, bien entendu, non faites pour des missions de combat.

D'Escayrac est élu maire de Ciran (Indre-et-Loire).

De Crespin de Billy et Blanc nous quittent en 1996, Mayer en 1997.

Les années suivantes ne soulagent guère la Marine en Adriatique ; c'est maintenant le Kosovo qui, en 1998 a besoin du soutien international. Le Foch, maintenant systématiquement accompagné par un SNA, reprend ses patrouilles en Adriatique.

En Mai 96, Naquet-Radiguet ouvre la liste des vice-amiraux (Béreau, Combarieu, Arino, Harismendy, d'Hauthuille suivront dans la foulée)

Béreau est nommé en 1995 Alindien, embarqué sur la Somme, puis à son retour président de la CPPE avant d'accéder aux fonctions de Directeur du Personnel Militaire de la Marine en 1998. Bizard (nouveau contre-amiral) prend la responsabilité du Bureau des fréquences : les armées sont « propriétaires » de nombreuses fréquences de plus en plus convoitées par les opérateurs de téléphonie portable, Bouygues Télécom notamment.

Combarieu, sous-chef plans à l'EMM, décide de « bifurquer » vers l'UEO.

Arino est Major Général du port de Brest, Naquet-Radiguet est sous-chef « plans » à l'Etat-Major des Armées, d'Hauthuille à l'Etat-Major Inter Armées de Creil, Harrismendy sous-chef « programmes » à l'Etat-Major de la Marine, Héger inspecteur des réserves.

Dans le golfe de Guinée, les coups d'état et les guerres civiles se succèdent et, en 1998, il est à nouveau nécessaire d'évacuer des ressortissants de Guinée Bissau vers Dakar.

Mort de Coradin en 1998.

Naquet-Radiguet est nommé préfet maritime à Brest en 1998 et Arino président de la CPPE d'où il va diriger les essais à la mer du Charles de Gaulle.

En 1999 un regain de tension au Kosovo motive le repositionnement du Foch et de son escorte. Les accords de Rambouillet ont échoué, l'OTAN décide à nouveau des frappes sur la Serbie : 877 munitions seront tirées en 4 mois par les avions du Foch. Les avantages du porte-avions par rapport à une aviation basée à terre à beaucoup plus longue distance ne sont plus guère discutés. Les opérations menées par le Charles de Gaulle sur l'Afghanistan après septembre 2001 puis lors de la récente opération « Harmattan » au large de la Libye viendront conforter cette appréciation.

Delahaye, Péricaud, Bizard et Alfonsi créent l'association « Promo62 » pour essayer de favoriser les liens entre les membres de la promotion. Bizard en est le premier président. Cette initiative est grandement facilitée par la création du « blog » par Vollmer. Renaud puis Van Aelst participent à l'évolution de ce lien multimédia qui deviendra, au fil des ans, de plus en plus sophistiqué …et de plus en plus efficace.

Pour satisfaire à la tradition, une marée noire tous les 11 ans, (l'Exxon Valdes a sérieusement souillé les côtes d'Alaska en 1989), l'Erika oublie de prévenir les autorités maritimes françaises qu'il a des problèmes, coule au large de Belle Île et délivre la sienne. Une période que l'on ne peut pas précisément considérer comme festive commence pour Naquet-Radiguet !

En 2000, la Marine intervient avec des moyens venus de Polynésie, mais aussi de métropole au Timor Oriental. La situation devient préoccupante en mer Rouge et à Djibouti : on craint une attaque de l'Ethiopie sur Djibouti. Une force de frégates est mise en place et essuie le feu de MIG29 !

Décès de Boulanger.

A partir de la fin 2000, il n'y a plus qu'un seul rescapé de la promotion : Béreau est nommé Inspecteur général des armées et obtient sa cinquième étoile. Dans cette fonction, il secondera monsieur Renaud Denoix de Saint-Marc, président du Conseil d'Etat, pour la révision du statut général des militaires. Naquet-Radiguet est maintenant conseiller militaire de l'Administrateur Général du CEA.

En 1996, le Chef des armées anticipant sur la fin de service définitive de la promo 62 dans les années à venir, perçoit bien que les choses ne seront plus pareilles et que cela mérite une autre approche et une décision emblématique : il annonce la fin du service militaire et la professionnalisation des armées ! Le dernier appelé quitte la Marine fin 2000, une page se tourne et début 2001 les équipages ne comptent plus que des marins professionnels.

2001 est surtout l'année de l'attaque des tours du World Trade Center et du début de la traque d'Al Qaïda. L'opération Héraclès est déclenchée en Océan Indien. Le Charles de Gaulle y participe et reste 214 jours sur zone, essentiellement au large du Pakistan, accompagné par deux FASM, une FAA, un SNA et deux pétroliers ravitailleurs. Il met en œuvre ses Super Etendard ainsi que ses Hawkeye : les avions du Charles de Gaulle sont ainsi les premiers aéronefs alliés à intervenir après les américains au dessus de l'Afghanistan. Cette présence est ensuite renouvelée à deux reprises avec en particulier les premiers Rafale Marine en 2005.

Harrismendy est élu conseiller municipal de Saint-Jean de Luz, sous la présidence de Michèle Alliot Marie.

Du côté Atlantique, à partir de 2003, c'est la situation en Côte d'Ivoire qui attire toute l'attention : on verra jusqu'à 4 TCD simultanément au large d'Abidjan pour intervenir si nécessaire pour la protection, voire l'évacuation des ressortissants.

En 2003, Angebault, dont l'état était préoccupant depuis plusieurs mois, succombe à la maladie de même que Breuillot.

Fin 2003, il n'y a plus de membre de la promo en activité militaire. Il n'y a plus que 89 bâtiments de combat et 114 avions…. Il était temps que cette bande d'incapables laisse la Marine à de plus compétents !

Finalement, la promo a fourni 1 amiral, 1 vice-amiral d'escadre, 4 vice-amiraux et 10 contre-amiraux, ce qui, mathématiquement représente 41 étoiles, résultat honorable vis-à-vis des promotions avoisinantes.

C'est donc dans le civil que, progressivement, nous nous dirigeons vers la retraite, déjà prise par nombre d'entre nous, mais quelques enragés continueront leur activité jusqu'à la fin de la décennie (Combarieu, de Crémiers…)

Une nouvelle marine, aux lignes épurées et furtives se dessine pour l'horizon 2020 : deux frégates du même nom, des FREMM (frégates multi missions, la première, l'Aquitaine, prévue d'entrer en service en 2012), des FREDA (pour la défense aérienne). Nos 6 SNA (dont le premier avait été admis au service actif en 1982… pour 20 ans !) devront attendre 2017 pour voir arriver les BARRACUDA. Les tout nouveaux BPC (bâtiments de projection et de commandement), au nombre de 3, font d'ores et déjà merveille. Ils ont notamment repris en 2011 le flambeau de notre Jeanne d' Arc pour la campagne annuelle au profit des midships, baptisée dorénavant « mission Jeanne d'Arc ». Quant au second porte-avions, il semble qu'il n'est plus aussi urgent pour nos successeurs d'intégrer dans leur projet de carrière l'ambition de le commander!

L'association « promo62 » lance, en 2002, une première initiative, pour le quarantième anniversaire : une croisière sur le Nil sur le « Granada » bateau âgé et peu moderne mais qui a l'avantage d'être assez peu sollicité : nous sommes une trentaine à bord, parmi moins de deux cents passagers, ce qui nous permet de le « coloniser » quelque peu ! Faurion, qui avait participé avec Monique à ce voyage, nous quitte après une longue maladie en 2004.

Nous continuons notre retraite heureuse et embarquons encore, vers les rives de la Croatie en 2005. Cette croisière se déroule merveilleusement, nous rencontrons sur le bateau une petite quinzaine de représentants de la promo 39, superbes (il n'y a pas à dire, la Marine, ça conserve !). Mais nous apprenons au retour le départ de Gevrey.

Le Corre, récemment élu peintre officiel de la Marine pour ses gravures, est terrassé par une crise cardiaque alors qu'une autre initiative est prise, l'année suivante par nos camarades installés dans le sud-ouest (Condroyer, Harrismendy, Estrade…) qui nous organisent un séjour et une visite de leur région (Biarritz, Hendaye, Saint-Jean de Luz, et même un petit tour en Espagne). Nous sommes une petite trentaine de « fidèles » à participer à ces trois jours de retrouvailles et tourisme que Naquet-Radiguet va rééditer l'année suivante en Sologne. Un petit « noyau dur » de fidèles se retrouve et va pédaler ou marcher le long de la Loire, naviguer sur le canal de Briare…

En 2008, c'est à Malte que nous nous retrouvons. Les Bennet (Irène notamment) deviennent nos efficaces « tours opérators », mais le voyage se déroule sans Vaillant, qui avait participé avec Françoise aux précédents, et qui vient à son tour de nous quitter.

2009 nous réunit à Toulon, où les « autochtones » ont organisé magnifiquement ces retrouvailles : le cocktail chez les d'Escrivan réunit une cinquantaine de personnes, malheureusement sans Houari, ni Pinon lui aussi victime peu avant d'un malaise cardiaque.

2010 va donner aux Brestois l'occasion de tester leur sens de l'hospitalité : La Jeanne, notre Jeanne a terminé son dernier voyage… Nous serons encore plus de trente pour nous réunir sur cette « baille » où, reconnaissons-le, nous avons un peu de difficultés à retrouver, avec beaucoup d'émotion, nos postes, le carré midships, la salle de conférence, et profiter de l'excellent repas offert par le commandant.

Entamé à la Baille, terminé sur la Jeanne, notre périple va s'achever… Cinquante ans de passions, de découvertes, d'aventures, de petites joies, d'un peu de fierté, de déceptions parfois, de difficultés familiales, professionnelles ou personnelles. Sans doute pouvons-nous dire que la promo a vu, pendant cette seconde moitié du siècle vivre notre pays dans toutes les composantes de sa diversité internationale, dans les trois dimensions physiques, sous les ordres de six « chefs des armées » (aux termes de la Constitution), nous sommes passés de l'Arromanches au Charles de Gaulle, du Pimodan au Lafayette, de la Bidassoa au Mistral, de la Créole au Triomphant, de l'Aquilon au Rafale, d'un monde bipolaire (et qui devait le rester pour cent ans encore !!!) au monde éclaté d'aujourd'hui, des « Trente glorieuses » à « la crise » (Nos enfants nous diront qu'ils n'ont connu qu'elle !). Reconnaissons-le, si nous avons eu des vies parfois difficiles, nous aurons un peu de mal à parler de vies monotones.